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La Métallo Albin Michel

 

Aux mains d’or

Aimant jouer avec le feu

Et qui aux poussières d’une forge

Soufflant sa lumière

Ont rencontré les ombres de la vie. 

 

 

 

marais breton pays de Retz
Extrait de la Métallo, 26 septembre 2018, Albin Michel roman de vie d'Yonnick: 
"J’ai été conçue en haut d’une pêcherie sur pilotis aux pieux noircis, enfoncée dans un labyrinthe de terre craquelée sur la commune des Moutiers".

 

Si Yvonnick a un prénom et des bras d’homme, c’est grâce à sa mère qui lui a appris à se défendre des coups. Et ces bras d’homme, Yvonnick en a bien besoin depuis que son mari, qui travaillait à J.J. Carnaud et forges de Basse-Indre, l’ancêtre d’Usinor puis d’Arcelor, n’est plus là. En acceptant de prendre sa relève à la forge, la jeune veuve et mère d’un enfant fragile, élevée dans le marais salant breton, devient métallo. Une vie ouvrière de lutte qui ne l’empêche pas de se faire respecter des hommes ni de gagner son indépendance, et surtout, d’être fière de son travail à l’usine et de sa communauté solidaire. Mais cette fierté, menacée dès 1968, se rompt au fil du temps, les notions de rentabilité, de courbes et de tableaux de chiffres chassant l’idée d’un combat pour une vie meilleure.
Inspiré d’un authentique témoignage, le destin d’Yvonnick fait revivre un monde aujourd’hui disparu. De l’apogée de l’industrie française dans les années 50 à son déclin en 1980, Catherine Ecole-Boivin trace, dans ce roman d’une vie peuplée d’étincelles, le portrait empreint d’humanité du monde ouvrier.

POURQUOI CE ROMAN LA METALLO ?

 

'ai vu dans une émission et dans les journaux en 2014 des hommes en colère, ils portaient des brassards noirs car leur laminoir venait de s'éteindre, d'être débranché alors même qu'il était encore en pleine santé, les politiques avaient décidé de l'euthanasier. Cet enterrement solitaire m'a émue. Ce deuil ignoré avait lieu à l'entreprise Arcelor Mittal de Basse-Indre, anciennement JJ Carnaud.

Certains ouvriers avaient les yeux rouges, d'autres résignés semblaient déjà connaître ce qui adviendrait de cette belle usine bercée par la Loire : bientôt d'autres camarades partiraient, ne seraient pas remplacés et peu à peu sans humains pour lui tenir compagnie, l'usine mourrait à son tour. En assassinant leur laminoir on venait d'arracher le cœur de leur usine.


Ce rapport charnel avec les machines m'a interpellée et j'ai repris les enregistrements des femmes que j'avais interrogées depuis 2004 à Couëron. Je suis entrée dans cette usine avec Yvonnick, parce qu'elle a su me parler des hommes. Je suis allée voir les hommes également, parce qu'ils ont su me parler des femmes. Ces retraités m'ont tous confié le manque "d'elle" la manque de l'usine, les réveils en sursauts à l'heure de changements de bobine du laminoir, ils m'ont confié les surnoms, les rires, la sueur et le courage. Ils ont partagé avec moi la joie au travail, dans cette usine, à cette époque où le travail voulait dire quelque chose, valait quelque chose. C'était avant 1980. Avant le démantèlement de la production industrielle française. J'ai ri avec eux émerveillée par leur langage, une langue rude, si âpre qu'elle en devient poétique.

 

Peu à peu avec Yvonnick, je suis entrée en elle dans cette usine qui donne tant de larmes à ceux qui la quittent, j'ai avancé avec mes mots dans sa gueule de baleine, béante et joyeuse. J'ai cherché cette joie pour vous la transmettre, parce que ceux dont on ne parle pas, ceux qui n'ont pas leur noms sur les plaques des rues ont tant de choses à nous dire d'une usine dans laquelle ils ont passé la moitié de leur existence, une usine dont le laminoir donnait le rythme, soufflait le jour, soumettait à sa nuit.

 

La Métallo par Antonin Varenne Ecrivain

Allons-y.
Un coup au cœur.
"La Métallo", roman de Catherine École-Boivin.
En avant première puisque qu'il ne sort qu'en octobre.
Ne vous fiez pas à cette couverture peu flatteuse, à l'intérieur c'est magnifique. Catherine a du style, de la chair sur les os de cette histoire pas si ordinaire, d'un temps pas si vieux. Un style humain, amoureux, en colère, féminin et masculin. De la poésie quand il en faut et qu'on ne peut y échapper. Une biographie au croisement de l'imaginaire, de l'interprétation romantique, d'une chanson populaire, d'un tract enflammé.
Les mots y trouvent des places qu'on n'attend pas, des places pourtant évidentes, qui leur étaient réservées de longue date.
Très vite on ne sait plus ce qui nous fait avancer dans la lecture. Tout à la fois. Un personnage, une écriture, un lieu, une époque, l'envie de savoir ce que cette auteure a encore à nous dire.

 

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