PAUL BEDEL

PAUL BEDEL PAYSAN

Bientôt, avec Catherine Boivin biographe qui m'écoute depuis déjà dix ans, dans un prochain livre, "Nos vaches sont jolies parce qu' elles mangent des fleurs", je vous raconterai comment le vieux bonhomme devient vieux. Comment je me sens devenir vieux. C'est naturel la vieillesse. Cette histoire de devenir vieux, ça me fait comme tout ce que l'on abandonne en route. Il y a eu mes dernières vaches, mes trous et cachettes à homards que j'ai laissés et qui sont encore en moi dans ma vie, même si je n'y vais plus. Maintenant je laisse venir la vie en moi, comme elle veut bien faire avec moi. Ça n'en finit pas cette histoire ! Je vais essayer d'être patient quand même.

LA VIE

Plus tu vieillis et plus te tu rapproches de la terre. J'ai toujours été à genoux avec elle. Bientôt, même si j'ai été le plus possible gentil pour elle, elle voudra de moi quand même.

Elle me connaît bien, je ne vais pas lui résister, c'est la nature ! La terre, c'est elle qui commande.

HEUREUX

Je suis heureux avec rien, rien de ce qui s'achète, rien de ce qui se voit. Comment te dire ? Je suis heureux dans la vie que l'on m'a donnée.

LE PHARE

Le phare de Goury éclaire mes jours. Le Raz Blanchard, le courant qui l'entoure, bat dans ma vie, dans mon coeur de vieux bonhomme. Mais il ronronnait déjà en moi enfant, quand je me posais déjà des questions sur la vie.


SUR LES CHEMINS NOIRS DE SYLVAIN TESSON GALLIMARD

Voici notre marcheur en partance pour l'errance, non pas vers mais sur les chemins noirs. Sur c'est à dire au-dessus de. De qui, de quoi. De soi sans aucun doute, et au-dessus des pas. Il y a des rencontres avec des êtres, mais aussi avec le vent et le froid qui empêchent aux routes d'être tout à fait droites et déterminées. Il y a le bâti, ce qui est bâtiment et ce qui ment, entre les pierres. Alors Sylvain Tesson pour entendre mieux la nuit, plante sa tente et se réveille. Se réveille de sa douleur du corps après son accident et de l'emprise qu'a la liberté sur lui. Il demande aux chemins et à ses pas de le relever, de le lever, de l'aimer encore. C'est parce qu'il y a du noir que l'on croit à la lumière. Dans ce livre, c'est surtout le vent qui sait, connait, reconnait la vérité. Il manque un petit peu d'odeurs dans le texte, un petit peu de falaises et justement de hauteurs pour s'envoler complètement. Il ne manque donc rien, puisque un pas, n'est qu'un pas. Les dernières pages, là où la terre se tait, s'arrête, mon pays, le Cotentin, la Hague, ma sauvage presqu'île.

Catherine Boivin, 25/11/16

Photographie personnelle : Haie à Goury, Auderville, la Hague

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CABANES IMAGINAIRES AUTOUR DU MONDE NICOLAS HENRY ALBIN MICHEL

Ce que disent les objets des hommes dans la nuit. L'auteur et photographe, met en scène autour du monde des objets et des êtres. Il y a quelque chose de l'enfance dans ce livre, d'abord le jaune de la couverture en toile, comme un tissu que l'on aurait trouvé sur la grève, un rejet de bateau inconnu, baigné par le soleil. A l'ouvrir on découvre des crèches de Noël, sans Noël, des enfants et leurs jouets, leurs cahiers, leurs petites choses et grands trésors. Dans un espace, bordé de nuit et de lune, les choses et êtres cohabitent. On ne sait pas très bien, qui des deux espèces sont les plus heureux ... tout devient vivant dans la nuit. C'est un livre pour rêver bien sûr, aux objets plus adultes que nous parce qu'adultes avant tout. Tout devient joyeux dans le noir. Le noir, blesse les contours et les rend plus forts à la fois.  Parce que la nuit est avant le jour, la couleur des choses humaines. Il y a dans ce livre de communion à la nature, la misère et la fatigue et les joies écloses. La couleur prend le pouvoir et recouvre ce qui se voit et se touche. C'est un livre de peau et de poussière, qui disent  toutes deux de ce que le photographe met en scène, beaucoup du réel. Du sien, qui doit être très sensible et qui se lit, comme un livre. Bien sûr c'est un livre, un livre cabane, mais un livre dans lequel on rentre, qui se lit en le touchant des yeux. En touchant des yeux une sorte de paradis. Je me suis arrêtée particulièrement à la page 16 et 17, où une fusée, ses étoiles et un tableau de craie, veillent sur des enfants.

Catherine Boivin, le 25/11/2015.

MARGUERITE N'AIME PAS SES FESSES ERWAN LARHER

C’est une petite histoire de fesses en apparence. Marguerite n’aime pas ses fesses et comme elle n’a pas confiance en elle, elle ne sait pas dire non. En apparence car ce livre d’Erwan Larher dit plus que les fesses de Marguerite. Il évoque dans une écriture aisée et soutenue le souci de l’autre, de l’autre soi-même et de l’autre qui vit auprès de nous. La rencontre, toujours celle qui grandit ou détruit, celle du maintenant et celle passée. Celle qui fait que les êtres humains ne sont pas une identité unique mais multiple. On retrouve ici la préoccupation de savoir comme dans « Abandon d’un mâle en milieu hostile » qui vit près de nous ? et ici pour un biographe, qui est celui qui raconte sa vie ? et s’angoisser à l’idée qu’il n’y aura jamais de véritable réponse. Car les souvenirs sont des romans et les raconter éloigne toujours de la vérité. J’étais là semble dire le vieux Président pour qui Marguerite est embauchée pour écrire ses mémoires. J’étais là semble t’il répéter pour s’en persuader, là dans « ma vie » et je vous raconte « moi » et il raconte tout autre chose, dont son désir pour les femmes, pour le pouvoir sur elle.

L’innocence de Marguerite fait son œuvre, l’ange toujours vient fouiller dans les ténèbres, tant mieux. Elle n’a pas confiance en elle Marguerite et pourtant, par la distance qu’elle réussit à instituer elle est forte et vraie. Cette vérité, bien à elle, sa jeunesse va emmener les personnages autour d’elle vers le basculement. Elle n’aime pas ses fesses mais est bien assise dessus, qui d’ailleurs voit les siennes vraiment, en dehors d’un miroir j’entends ? Personne, la vision de nos fesses sont déformées, la vision de nous-même ne peut l’être qu’à travers l’autre. Marguerite découvre peu à peu avec effroi le monde comme il est, les journalistes, les politiques sont le miroir d’une société basée sur l’envers et non l’endroit des hommes. Il suffit de voir et je fais une digression, le manque d’empathie et de sentiments lors des attentats en France ou en Belgique, les journalistes débitant leurs infos, les experts débitant leurs analyses sans une once de chagrin, les discours pré-formés.

 

La face cachée, celle où les sentiments et l’empathie n’ont plus d’endroit pour respirer. Qui sont ces gens qui nous gouvernent et à toutes les échelles, menteurs, pervers, manipulateurs, cette société basée sur l’argent ? Dans ce livre nous découvrons plus que les fesses de Marguerite, nous prenons en pleine face celle de notre société pervertie, qui s’éloigne du sacré du monde, c’est-à-dire de l’humanité comme elle devrait vivre en paix avec la nature et les êtres vivants. Marguerite passe dans l’histoire, elle le caillou dans la chaussure, le rouage qui grippe la machine, juste un instant, le temps d’entrapercevoir ce que nous ne voulons pas voir, ce qui nous fait baisser les yeux, ce qui nous décourage et pourtant ce qui nous amène parfois à dire non avec ce mot, celui de résister. Résister à la Haine de l’autre bien sûr, mais comment quand l’autre ne jouit qu’en détruisant ?. C’est un livre à lire doucement, à emporter avec soi, parce que les mots y sont brodés, grammaticalement singuliers, c’est un livre qui peut être drôle, si on sait rire et prendre de la distance, un livre d’homme c’est vrai, masculin et pourtant qui saisit la sensibilité de l’être, de l’être en vie comme Marguerite tout simplement à ses fesses en apparence, contre l’apparence.

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LA CHAISE NUMERO 14 FABIENNE JUHEL

Voici l’histoire du chagrin, du grand chagrin, pas celui que l’on peut ressentir au moment d’une déception fugace, mais celui du corps que l’on martyrise, que l’on va chercher du sous-terre et qui laisse trace.

L’héroïne ressemble à toutes les femmes amoureuses puis tondues à la libération, celles qui ont été au corps à corps avec des soldats de l’armée d’occupation allemande, non pas pour s’entretuer, mais pour l’amour, pour ressentir quelque chose de vivant dans la mort qu’est une guerre.

La chaise à son importance parce qu’elle a traversé les frontières en temps de paix, elle est du bois d’une forêt ennemie, fabriquée par des mains ennemies et c’est là qu’elle sera assise pendant sa tonte.

Devant elle des spectateurs hilares ou simplement curieux de voir combien une femme sans cheveux perd quelque chose, non pas de sa beauté mais d’elle-même.

Le livre nous amène par chapitres vers les cheveux au sol, ils tournoient, on ne sait pas bien pourquoi on ressent un malaise, il en manque en fait, certains se sont échappés de la chevelure morte et veulent rejoindre les autres. Nous les prenons au fur et à mesure en pleine face, ils nous cinglent sans bruit comme les branches dans un buisson interdit vers lequel nous avançons malgré le danger.

 

Le chagrin, la chaise, la jeune femme et l’amour voici les personnages principaux de ce livre, les cheveux comme des feuilles malmenées par les vents tourbillonnent, sidérées par l’ouragan et se cognent contre des troncs, jusqu’à s’abriter contre le plus fragile, le plus frêle celui que l’on pourrait ici nommer la dignité.

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EN ATTENDANT BOJANGLES OLIVIER BOURDEAUT

C'est l'hiver et nos têtes qui ne sont pas toujours bien rangées (tant mieux) sont parfois un peu déprimées ... nos têtes qui pensent et qui penchent. Ce qu'il y a de mieux à faire c'est d'aller dans notre petite librairie préférée avec 15 euros 50 en poche ou sur une carte bleue (qui n'est que rarement bleue) ça tombe bien. Pour acheter le Bojangles il faut une âme un peu folle, un peu libre, un peu barrée ou carrément en folie. Se positionner sur son transat en plein moi de janvier sur sa terrasse et lire et rire.

 

Pourquoi rire et pourquoi lire ... il y a les deux dans ce livre, mais aussi du rêve, de l'éthique, de la responsabilité et de l'amour.

 

De l'amour fou comme tout amour, mais de l'amour comme dans un livre, un roman, la vie des personnages est un roman qui se joue sous les yeux d'un petit garçon qui voit et qui regarde ses parents, s'aimer jusqu'à la folie et elle n'a pas de frontières, et même si la folie est présente dès le départ. Chacun des deux tombe en abîme dans l'autre, en essayant de ne pas trop d'abîmer.

 

Les objets sont mêmes les complices de cette famille singulière.

 

Ce livre recèle du merveilleux, ré-enchante et enchante, nous évoque aussi le rapport à l'autre et aux autres, à ceux qui viennent dans des équilibres précaires prendre leur lot de bonheur, viennent voler le bonheur de ceux qui ne demandent qu'à rester libres. 

 

C'est drôle, truculent, absolument débordant et fou. Ces fous qui deviennent médiateurs et nous parlent des failles de notre société, la nôtre et celle des autres, de ceux qui en sont exclus et qui pourtant en sont les musiciens.

 

A lire vite et à rire donc, avec ce sentiment de tendresse qui le caractérise à cette heure de janvier 2016, où les politiques nous dépossèdent de l'essentiel, il y a dans ce livre comme un halo d'espérance.

 

 

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L'ABANDON DU MALE EN MILIEU HOSTILE ERWAN LARHER

L’abandon ici ce serait se laisser aller au pouvoir de l’autre. L’autre que l’on ne reconnait pas toujours au départ comme bienveillant pour soi, une sorte d’intuition que l’on va s’entretuer et cette intuition attire et vampirise les pensées. Si cette femme ne me regarde pas, pense notre héros, c’est que je n’ai pas de valeur alors je vais tout faire pour en avoir à ses yeux, quitte à me quitter moi, ce que j’aime, ce qui m’habitue, ce qui me tue d’ennui. Cet autre singulier, particulièrement manipulateur et pervers devient le plein du vide, tellement plein que s’il disparait notre héros s’abandonne. IL est abandonné mais s’est abandonné à ELLE. Car c’est cela l’une des trames du livre, d’un côté l’homme devient homme dans les bras initiateurs de cette femme et de l’autre il y a le vide sans elle, il devient elle.

Elle est punk bourgeoise, émancipée, il est bourgeois attaché à sa mère, ils vont s’aimer, mal ou bien quelle importance, ils vont s’aimer, c’est à dire amarrer leurs vies, et si le bateau s’éloigne trop, l’ancre est jetée, ils sont sur l’eau l’un et l’autre à quelques centimètres des profondeurs.

L’un sait ce qui va se passer, l’autre l’ignore.

L’un se connait, l’autre se reconnait dans l’autre.

Elle se connait, lui se reconnait en elle. Elle va même lui faire connaître la ville où il habite et dont il ignore les caves et les recoins. Le mâle du livre se transforme, la femme qu’il aime reste elle-même, ne change que très peu ses habitudes, car le narrateur devient sa couverture pour ses activités et pour sa peau.

 Ils se marient et n’eurent jamais d’enfants.

Le livre d’Erwan, raconte l’histoire d’un narrateur qui habite une ville qu’il ne connait pas alors qu’il y vit depuis sa naissance, une famille qu’il ne connait pas alors qu’il y est élevé depuis sa naissance, un corps qu’il ne connait pas alors qu’il l’habite depuis sa conception, le corps d’une femme qu’il ne connait pas, c’est l’un des points de l’hostilité de la vie la plus singulière et la plus attirante finalement : ne rien connaître. Le milieu hostile dans ce livre ? celui de l’amour de l’autre jamais tout à fait amour et sans aucun doute, celui de l’imposture du sentiment amoureux.

Son amoureuse va un peu grâce à son soutien matériel (il fait la vaisselle et le ménage par exemple, il participe au loyer de leur appartement), devenir une écrivain reconnue. Sous couvert des mots, couverture encore, elle va peu à peu disparaître de lui, disparaître d’elle-même (vraiment pour le coup) et l’abandonner.

Il croit aimer et il l’aime, pour elle il s’oublie, l’abandon alors devient oubli de soi pour plaire à l’autre, elle veut qu’il tape, il tape, elle veut, il fait à l’encontre de ses valeurs, il devient elle pour lui plaire.

Il est docile, elle disparaît, réa-parait comme la bobine de Freud. Elle n’est finalement jamais vraiment là cette jolie femme, si peut-être au départ, lorsqu’elle entre habillée en punk dans sa classe et qu’elle prend aussitôt sa place, pas la place du narrateur mais sa place à elle.

Elle est toute entière à elle, alors quand le narrateur réussit à l’avoir un peu à lui, il croit devenir lui. Il devient  fou (parce qu’il ne se reconnait pas toujours), elle remplit sa vie, absolument, obsessionnellement il l’aime parce qu’elle lui échappe dès le premier instant, avec elle se marie, lui donne son nom, sa bouche, ses mots, ses mains, il est le fil.

Et quand le fil est coupé tragiquement, ce plein, ce plein intense tissé par elle, par la complexité de sa relation à lui, devient un abîme, un abîme de vide.

 

J’aime ce livre qui évoque l’amour deuil, d’une écriture d’un niveau littéraire dense. Il manie une sorte d’amour qui blesse et remplit à la fois, blesse et grandit les corps qui se rencontrent et s’entendent, par des mensonges, par des subterfuges pendus au-dessus du réel, sans jamais vraiment y entrer. Il pose la question de ce que nos amours nous offrent d’eux-mêmes, souvent pas grand-chose, et ce rien offert ou découvert, devient parfois ce grand tout du vaste nulle-part.

 

J'en profite pour mettre ce lien car Erwan Larher rénove une grange pour qu'elle devienne une résidence d'écrivain, les dons sont déductibles, on peut payer par paypal, on reçoit très rapidement une attestation pour les impots.

 

https://www.fondation-patrimoine.org/fr/poitou-charentes-20/tous-les-projets-937/detail-le-logis-du-musicien-a-mirebeau-31774

 

 

 

 

 

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LES IRREMPLACABLES CYNTHIA FLEURY

J'ai lu et je n'aime pas toutes les citations à l'intérieur presque toutes d'hommes, même si on les connait et on les apprécie (ces citations) c'est trop universitaire, la pensée de Fleury s'étaye donc sur sa non-pensée, non renouvelée véritablement, comme si la vie de l'écrivaine n'était pas "en vie" mais tenue par la pensée des ancêtres penseurs. Une pensée non véritablement régénérée. Un peu déçue.

Aime un peu l'idée de "faire famille" mais je crains la pensée unique, le bridage des cerveaux dans ce concept, pourquoi penser de la même manière, quand la dissociation, cette identité en nous si diversifiée qui doit pourvoir être assumée, me parait si enrichissante. Oui, nous sommes différents à l'intérieur de nous, avant de l'être à l'extérieur, enrichis pas nos contradictions, nos défauts, nos questionnements. Qui remplace l'autre ? Oui rien ne dure c'est vrai, mais dans quelle temporalité ? C.Fleury prend l'exemple de F.Fillon qualifié de collaborateur par N. Sarkozy, est ainsi dans sa bouche serait devenu à cet instant "remplaçable" de "vivre sans avenir" = oui mais alors être remplacé voudrait dire que l'on a pas d'avenir ? Etre jeté, être remercié, être plaqué, être licencié, être chosifié, voudrait dire qu'après de telles mésaventures on ne serait plus "avenir" mais déjà morts ?

Alors même que tout ou presque se répare, non "nous" ne sommes pas des choses véritables parce que l'autre nous considère comme une chose. Non on ne reste pas muet quand un politique, nous promet un soutien et qu'il "oublie", c'est devenu tellement banal. On comprend, on se soulève, on se colérise. La révolte est un langage plus fort que les mots

 

Non nous ne sommes pas muets comme des bien de consommation, je pense que C. FLeury à tort, (voir les dernières élections et le revirement des abstentionnistes du premier tour) les sans paroles ce sont ceux qui chosifient, ceux qui humilient par leurs promesses non tenues et leurs mensonges, parce que par la colère qu'ils génèrent le bruit, le vrai bruit s'amplifie, même s'il est inaudible pour l'instant, il boucane. Les sans voix ne sont pas des individualistes comme elle le prétend, ils sont des "un" multiples, absolument "pas privés de langage des dominés". Etre sans dents n'empêche pas de penser, penser en silence, mais penser quand même, en mâchant plus longtemps, allez j'ose : en ruminant

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D'APRES UNE HISTOIRE VRAIE DELPHINE DE VIGAN

C'est un éloge à la dissociation, ce que nous sommes ou pourrions devenir avec "l'autre" ce que l'autre nous apporte mais aussi nous éloigne de nous-même.

C'est écrit de manière fluide, au fil de l'intrigue l'écrivain nous perd et nous rattrape, nous admet dans son sillage et nous repousse.


On ne sait plus, on doute et on s'égare, pour mieux comprendre des moments que l'on vit parfois, cette étrangeté à nous-même, notre besoin de solitude et en même la crainte de la solitude. 


On voudrait que ce livre ne finisse pas, qu'il se prolonge, qu'il ne soit pas "ça" et en même temps, cette fin parait inévitable, parce que véritablement elle ne peut finir autrement que dans cet infini. J'ai vraiment aimé, c'est écrit au présent en plus !

LE CAILLOU DE SIGOLENE VINSON

Le caillou à Porto Pollo pendant ma lecture en octobre 2015. 

 

J'ai acheté ce livre au salon du livre du Mans, au stand de la librairie Doucet où j'étais en signature à côté de Sigolène Vinson. J'aime les cailloux, je les ramasse souvent surtout lorsque je suis dans un pays inconnu. Sigolène a écrit l'histoire d'une jeune femme un peu à part, un peu partie, une femme qui cherche la force des pierres, pour ne pas s'éroder mais s'échapper quand même.

Se transformer en caillou pour moins souffrir mais pour continuer à saisir l'humain, c'est ce qui arrive à l'héroïne de ce livre. Une héroïne abîmée par une vie âpre mais qui ne tombe pas dans l'abîme tout à fait. Elle part en Corse dans une sorte de voyage initiatique qui l'amène à s'apaiser par la rencontre d'hommes qui croient plus en la façon de mourir qu'à la mort elle même.

Un roman du non-amour, de la déception amoureuse au corps à corps, qui pose la question de pourquoi le corps justement. IL y a t'il un corps après l'amour ? Ici le corps fait mal, souffre, souffle, s'allège, s'endurcit comme un menhir. A savoir, à se demander si ce caillou là, ne possède pas une sorte de vie, ne manie pas une sorte de vie et donc une sorte d'amour de la vie qui l'enroche à ce corps d'os. de beaux personnages, parfois laids et tristes, comme l'existence. La fin déstabilise et rend fragile les mots de ce livre du non-amour, et de l'amour quand même.

 

Le livre de Sigolène vient de recevoir le prix Libr'à Nous ! attribué par les libraires.

 

http://www.livreshebdo.fr/article/200-libraires-distinguent-neuf-titres-pour-les-prix-libra-nous

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